Ma recherche picturale s’inscrit dans une exploration sensible des jeux de surfaces et de leur capacité à traduire des mémoires enfouies, fragmentées, parfois altérées. J’interroge la matière dans ce qu’elle a de plus brut, de plus direct — le ciment, les pigments, les strates visibles ou dissimulées — pour évoquer des territoires intérieurs ou géographiques, à la lisière du réel et de l’imaginaire.

Chaque œuvre naît d’un processus de confrontation entre des éléments contraires : le lisse et le rugueux, le plein et le vide, le silence et la vibration chromatique. Je travaille par fragments, comme on recolle les morceaux d’une mémoire éclatée. Les couleurs, souvent issues de mélanges de pigments naturels, se déposent, se superposent, s’effacent parfois, jusqu’à ce que la surface devienne lieu de résonance.

C’est une peinture de l’accumulation, du temps, du passage. Les territoires que je trace sont autant de cartes émotionnelles que de traces d’un monde en mutation. La matière ne recouvre pas : elle révèle. Elle fait surgir les tensions, les ruptures, les tentatives de réparation. Ainsi, chaque toile devient un espace où les couches dialoguent, où la matière se fait mémoire, où le visible côtoie l’invisible.